Territoire

23 novembre 2016

Le territoire de la Vallée de la Seine

La vallée de la Seine (au sens du périmètre du CPIER) s’étend sur 27 850 km², un peu moins que la Belgique (30 000 km²) et plus que la Macédoine (26 000 km²). Elle compte près de 11 millions d’habitants, soit l’équivalent de villes comme Istanbul ou Moscou, et de pays comme la Belgique ou Cuba.

Au-delà de la parenté géographique des territoires, influencée par la vallée et l’estuaire de la Seine, de nombreux liens se sont construits entre l'Île-de-France et la Normandie qui se traduisent aujourd’hui par :

  • une complémentarité économique forte entre plateformes productives normandes et centre de décision franciliens, mais aussi via des pôles de compétitivité innovants (Nov@log, Moveo, Cosmetic Valley) ;
  • une intégration portuaire via Haropa qui doit contribuer à renforcer une efficacité logistique en devenir (projet Seine Gateway®, porté par l’AURH) ;
  • une fréquentation touristique qui fait apparaitre des parcours articulés à la vallée de la Seine et au littoral normand ;
  • un écosystème interdépendant, la Seine étant une continuité écologique d’échelle nationale ;
  • un système de mobilités routières et ferroviaires, dont plusieurs projets, au premier rang desquels celui de Ligne Nouvelle Paris Normandie (LNPN), doivent venir améliorer la fiabilité et la rapidité.

L’enjeu est ici de renforcer, de consolider et de développer cette intégration interrégionale, afin de permettre un développement économique intelligent de la vallée, apportant emplois et qualité de vie aux habitants, tout en préservant un écosystème riche mais fragile.

La Vallée de la Seine, un territoire aux facettes multiples

Un territoire logistique et de développement industriel majeur

Le port de Gennevilliers en 2011 ©Apur

La Vallée de la Seine constitue à la fois le premier territoire industriel (715 000 emplois) et le premier territoire logistique de France (235 000 emplois). Elle représente ainsi près d’un emploi industriel sur cinq et près d’un emploi lo­gistique sur quatre. Cet espace rassemble de grands ports maritimes et fluviaux, des infrastructures de transport massifié, de grandes filières industrielles. Ils s’organisent autour de Paris et de métropoles régionales, avec des liens industriels et logistiques très intenses et puissants.

L’ensemble régional Vallée de la Seine occupe une posi­tion géographique stratégique en amont du détroit du Pas-de-Calais, couplé à un port en eaux profondes, Le Havre. Autre atout stratégique, l’existence d’un corridor de transport multimodal depuis la façade maritime jusqu’à la région parisienne, avec la Seine, grand fleuve navigable comme épine dorsale. Ce corridor est conforté par le pro­jet de Ligne Nouvelle Paris-Normandie qui contribuera à améliorer l’offre de services ferroviaires pour le transport de fret.

La principale lacune de la Vallée de la Seine tient à sa loca­lisation en « périphérie » du cœur économique de l’Eu­rope et à la faiblesse de ses relations avec le reste du continent. L’absence de connexion fluviale directe entre Port 2000, principaux terminaux à conteneurs du Havre, et la Seine constitue un handicap infrastructurel que tend à résoudre la mise en service du terminal multimodal.

Dans ce contexte concurrentiel où les trafics augmen­tent et où la géographie portuaire est mouvante, l’am­bition doit être de positionner Seine Gateway® et ses ports comme une région pivot pour desservir un hin­terland européen élargi et pour absorber la croissance annoncée de trafic du port du Havre de 4,5 Millions d’EVP en 2020.

Télécharger le rapport 2015 sur la logistique

Des systèmes de mobilités à compléter et renforcer

La gare Saint Lazare ©Pattacini/Urba Images/IAU îdF

L’axe Seine représente l’un des « couloirs » majeurs de transport de marchandises en Europe, les ports normands constituant la porte maritime naturelle vers la région parisienne. C’est aussi l’axe privilégié des mobilités de passagers, avec l’A13 pour les infrastructures routières, et les lignes ferroviaires.

Le projet de LNPN doit venir améliorer la performance aussi bien du fret que du trafic passager, intimement liés. En effet, les transports de voyageurs, partageant les infrastructures avec le fret, sont confrontés aux mêmes problèmes de congestion. Par exemple, la sous-capacité du tronçon ferroviaire Paris-Mantes pénalise l’ensemble des liaisons (grandes lignes, transiliens ou fret), où les retards se multiplient. On constate pourtant depuis 15 ans une hausse quasi-continue des trafics en gare, ce qui témoigne de l’importance des besoins de déplacement, notamment pour rejoindre les zones d’emploi.

La Vallée de la Seine, un espace économique en forte mutation

Centre commercial Docks Vauban au Havre ©N. Fussler/IAU îdF

Dans la compétition mondiale actuelle, la puissance de la recherche francilienne et l’espace économique de l’Île-de-France ne suffisent plus pour porter le développement futur, d’où l’intérêt de développer des coopérations à l’échelle de la vallée de Seine pour fédérer les forces sur cet espace stratégique. L’un des atouts de l’axe Seine est d’abriter de nombreuses filières comme l’automobile, l’aéronautique, la chimie, la pharmacie, l’énergie, l’agroalimentaire ou la logistique en lien avec l’activité portuaire et maritime, mais aussi différentes fonctions (centres de commandement, production, sites tertiaires et R&D) dont la richesse et la diversité laissent entrevoir un fort potentiel d’innovation. Reliant Paris à la mer, la vallée de la Seine constitue un axe structurant et fédérateur pour l’Île-de-France, et la Normandie.

Essentiels en termes de compétitivité, d’attractivité et de rayonnement, les universités, les organismes de recherche et les grandes écoles, dès lors qu’ils ont atteint une taille suffisante, sont des leviers majeurs du développement économique des territoires. L’Île-de-France et l’ensemble normand accueillent environ 680 000 étudiants (31 % des étudiants de France) et près de 100 000 chercheurs (41 % des chercheurs de France). L’espace Seine Normandie se caractérise par un fonctionnement en réseau dont les spécificités et complémentarités des pôles font la force : notoriété internationale et attractivité de nombreux établissements, importance de grands équipements, évaluation très satisfaisante des équipes de recherche publique et importance de la recherche privée…

Enfin, il faut citer la place encore importante, bien que déclinante, de l’industrie dans la vallée de la Seine. L’Île-de-France, la Haute-Normandie et la Basse-Normandie ont globalement perdu 74 000 emplois industriels entre 2008 et 2013, une baisse proche de la moyenne nationale. La Haute-Normandie est particulièrement touchée (– 14 %), la Basse-Normandie affichant une meilleure résistance (– 8 %) du fait de son tissu de PME très diversifié et de la bonne résilience de son industrie agroalimentaire. Première région industrielle française, l’Île-de-France a perdu à elle seule près de 50 000 emplois (– 9 %).

Une organisation urbaine marquée par la métropole parisienne et le tripôle normand

Point de vue sur Paris depuis la Tour Eiffel ©Apur

L’aire urbaine de Paris déborde sur la Normandie, et les effets de la métropolisation se font sentir jusque sur ces franges où de nombreux ménages franciliens viennent accéder à un foncier moins cher. Par ailleurs, le littoral normand accueille un grand nombre de retraités franciliens, mais aussi de résidences secondaires.

En regard de l’impact du cœur de la région Ile de France sur l’espace Normand, des réflexions ont été menées depuis les années 1960 à l’échelle du Bassin Parisien pour penser un équilibre juste. La politique des métropoles d’équilibre, puis un portage politique, a permis de faire émerger une métropole normande à 3 branches, Caen-Rouen-Le Havre.

Côté Ile-de-France, la création de la Métropole du Grand Paris au 1er janvier 2016, celle de la communauté urbaine de Grand Paris Seine et Oise (400 000 habitants en Seine Aval de Mantes à Poissy), et de la communauté d’agglomération St Germain Boucles de Seine (330 000 habitants), viennent redéfinir les projets de territoires et les stratégies métropolitaines.

Par ailleurs, la concentration de population et d’activités économiques dans le périmètre de la Vallée de la Seine entraîne de forts impacts environnementaux, notamment sur le lit mineur et majeur du fleuve, son estuaire et le littoral:

– fragmentation des espaces agricoles et naturels en raison de la dispersion de l’habitat et de la multiplication des infrastructures, notamment routières, aux dépens des continuités écologiques ;

– sensibilité du territoire aux risques d’inondation, en particulier pour les principales agglomérations

– importance des phénomènes de pollution (la Seine et son estuaire reçoivent les rejets de 30 % de la population nationale), malgré les investissements massifs et les progrès réalisés depuis de nombreuses années, sur le système d’assainissement francilien tout spécialement

– conflits d’usage : activités industrielles et logistiques, transport fluvial, aménagement urbain, zones de loisirs, ressources en matériaux, mais aussi rétablissement des continuités écologiques et gestion de l’eau, etc.

L’enjeu d’un développement mesuré et d’une consommation foncière maîtrisée est donc fondamentale.

Des identités touristiques et patrimoniales marquées

La côte de Nacre à Ouistreham ©AUCAME

En pesant près de 7.4 % du PIB national (2014, DGCIS), c’est peu dire que le secteur du tourisme correspond à une filière économique majeure.

L’économie de l’Axe Seine Normandie s’appuie en partie sur le dynamisme de ce secteur, grâce à la présence de sites de renommée nationale et mondiale : les plages du Débarquement, Etretat, Rouen, Honfleur, Giverny, et au-delà, Versailles et Paris.

Mais, ce potentiel touristique pourrait encore s’amplifier par une mise en réseau plus étroite des territoires, de leur patrimoine, de leur histoire et de leurs animations locales. Certains thèmes communs se dégagent immédiatement : les Impressionnistes, la culture maritime et fluviale, les Vikings, les usages récréatifs de la Seine, le patrimoine urbain et industriel…

La Seine est un moyen intéressant d’accéder à l’offre patrimoniale, culturelle et naturelle, qui est au cœur de l’attractivité touristique des régions.

Un écosystème riche à préserver, des paysages à découvrir

St Sansom de la Roque et le Pont de Normandie ©AURH

La vallée de la Seine de Paris jusqu’à l’estuaire de la Seine, est, en même temps qu’un vecteur de développement économique, une des plus grandes continuités paysagères, naturelles et écologiques de France. Du fait de la variété et de la richesse des paysages façonnés par la Seine et l’Orne, le territoire est un formidable réservoir de biodiversité où chaque type de paysage correspond à des milieux hébergeant une flore et une faune spécifiques, voire rares. En atteste la forte présence de périmètres de protections réglementaires sur le territoire (boucles de la Seine Normande et d’Île-de-France, forêt régionale de Rosny-sur-Seine…).

Les composantes géographiques appartenant aux langages des paysages fluviaux et maritimes (les côtes, les vallées, les rives, les boucles, les bras morts, les marais, les iles, les coteaux, les ponts …) sont constitutives de séquences paysagères et patrimoniales de grande qualité et représentent autant d’opportunités de mise en valeur dans le cadre de circuits touristiques.

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